Parcours de l’exposition Leonard de Vinci au Louvre

Vinci Léonard de (1452-1519). Paris, musée du Louvre. INV777.

Léonard de Vinci (1452-1519)
Lionardo di Ser Piero da Vinci, Léonard, fils de Messire Piero, né à Vinci, près de Florence, dans la nuit du 14 au 15 avril
1452 et mort à Amboise le 2 mai 1519, est l’icône de la peinture européenne et l’une des plus hautes figures de la
Renaissance italienne.

Il vécut ses années de jeunesse à Florence et y fut l’élève du sculpteur Andrea del Verrocchio. Autour de 1482, il
s’établit à Milan, où il peignit la Vierge aux rochers et où, au service de Ludovic Sforza, il conçut l’ouvrage qui fit de
lui l’un des artistes les plus célèbres de son temps : la Cène. Revenu à Florence en 1500, il y réalisa ses oeuvres qui firent
sa renommée que sont la Sainte A nne, le portrait de Lisa del Giocondo, la Bataille d’Anghiari et le Saint Jean Baptiste.
Retourné à Milan dès 1506, il descendit à Rome en 1513, au lendemain de l’élection du pape Léon X Médicis. En 1516,
il quitta l’Italie à l’invitation du roi de France, François Ier, et vint finir ses jours sur les rives de la Loire.

La révolution léonardienne tient en quelques mots. Afin que ses figures possèdent, dans un espace infini constitué
d’ombre et de lumière, la réalité de la vie, il apprit à leur donner, par l’invention d’une liberté graphique et picturale
sans pareille, la nature du mouvement. Afin qu’elle sache traduire la vérité des apparences, il voulut faire de la
peinture la science universelle du monde physique. Ce fut l’aurore de la modernité, dont la grandeur a surpassé, dans
la conscience contemporaine, la noblesse de l’Antiquité.

Dans l’exposition sont présentées les réflectographies infrarouge de plusieurs peintures de Léonard de Vinci, à la
même échelle que l’oeuvre originale. Cet examen scientifique permet de révéler le dessin sous-jacent à base de carbone,
c’est-à-dire le tracé de la composition posé par l’artiste sur la préparation de son support, qui sera ensuite recouvert par
les couches de peinture. Léonard changeant souvent d’idée au cours de l’exécution picturale, on peut découvrir dans
ces images ses premières pensées et les modifications qu’il y a apportées. La réflectograhie infrarouge restitue aussi les
premiers stades du travail de modelé des carnations, par la construction des transitions d’ombre et de lumière, exercice
dans lequel l’artiste excella.

 

OMBRE LUMIÈRE RELIEF

Léonard fut, à Florence, dès 1464, l’élève de l’un des plus
grands sculpteurs du quinzième siècle : Andrea del Verrocchio.
De Verrocchio, il apprit non seulement le caractère sculptural
de la forme, mais encore le mouvement, principe du réel et
fondement de tout récit, ainsi que le clair obscur, l’expression
du drame par le jeu de l’ombre et de la lumière. Le Christ et
saint Thomas, bronze monumental fondu par Verrocchio pour
l’église florentine d’Orsanmichele, fut son école. De cette
conception profondément picturale de la sculpture, Léonard a
tiré le premier fondement de son propre univers : l’idée que
l’espace et la forme sont engendrés par la lumière et qu’ils n’ont
d’autre réalité que celle de l’ombre et de la lumière. Les
Draperies monochromes sur toile de lin, peintes d’après des reliefs
de terre recouverts de draps imprégnés d’argile, semblables à
ceux que Verrocchio conçut pour l’étude des figures
d’Orsanmichele, sont nées de cette appréhension sans précédent
de la matière spatiale.
Le passage de la sculpture à la peinture, favorisé par l’intérêt
que Léonard portait, au même moment, aux créations de
l’atelier rival des Pollaiuolo comme à la nouveauté apportée à
Florence par la peinture flamande – portrait de trois quarts et
technique de l’huile –, s’accomplit dans l’Annonciation, la
Madone à l’oeillet et le portrait de la Ginevra de’Benci.

 

LIBERTÉ

LEONARDO. SAN GIROLAMO. INV. 40337

Autour de 1478, Léonard trouve les voies d’un nouvel
approfondissement de la leçon de Verrocchio. La forme n’étant
qu’une illusion que le monde, dans sa perpétuelle mobilité, ne
cesse d’arracher à elle-même, le peintre ne peut en saisir la vérité
que par une liberté de l’esprit et de la main capable de nier la
perfection de la forme. Cette négation, dans le dessin, est un
assaut violent contre la forme, une juxtaposition immédiate
d’états incompatibles qui ne laisse parfois rien subsister que le
noir. Léonard nomme cette manière, née de la nécessité
impérieuse de traduire le mouvement, « composition inculte » –
componimento inculto. La Madone au chat ou la Madone aux fruits
en sont les premières manifestations éclatantes.
La liberté du componimento inculto transfigure l’univers du
peintre. Inhérente à cette liberté créatrice, se fait jour la tendance
à l’inachèvement, destinée à devenir l’une des marques de la
peinture de Léonard, dont le Saint Jérôme est le pathétique
témoignage. Cette phase créatrice se prolonge à Milan, où
Léonard s’établit vers 1482. Il y peint la Vierge aux rochers, le
Musicien et la Belle Ferronnière.

 

LÉONARD À MILAN

Vinci Léonard de (1452-1519). Paris, musée du Louvre. INV777.

Auprès de Ludovic Sforza, que l’on surnomme le More, régent du
duché de Milan, Léonard se fait une spécialité du divertissement de
cour. Il scénographie, à l’occasion des noces du jeune duc, Gian
Galeazzo et d’Isabelle d’Aragon, sur un poème de Bernardo
Bellincioni, une Fête du Paradis et invente des devises et des
emblèmes. Il conçoit une colossale statue équestre à la mémoire de
Francesco Sforza, fondateur de la dynastie, dont il modèle le
cheval dans l’argile. Le More lui confie, au cours de la dernière
décennie du siècle, la Cène du réfectoire des Dominicains de
Milan, Santa Maria delle Grazie.
L’atelier de Léonard s’enrichit de deux brillants collaborateurs :
Giovanantonio Boltraffio, peintre admirable et génie singulier, et
Marco d’Oggiono. Ils développent, dans le sillage de la Dame à
l’hermine et de la Belle Ferronnière, un art somptueux du portrait de
cour, qui rompt avec la tradition milanaise du pur profil, dont il ne
conserve que les fonds noirs, au profit de la vitalité du trois quarts.
Le 6 septembre 1499, les armées de Louis XII de France prenaient
possession de la cité de Milan d’où Ludovic Sforza venait de
s’enfuir, et que Léonard quitte à la fin de l’année. Louis XII reste
duc de Milan jusqu’en 1513.

 

SCIENCE

 

Dessiner, lorsque l’on est doué d’une vision analytique passant toutes les normes, c’est non seulement reproduire des
formes, mais c’est encore exprimer des relations entre les formes, ou, pour le dire autrement, c’est penser.
Chez Léonard, cette intelligence est consciente d’elle-même et s’accompagne d’un questionnement perpétuel sur le
monde, d’un désir insatiable de comprendre qui se mue progressivement en volonté de démonstration puis en une
enquête systématique portant sur tous les aspects de l’univers physique. Se constitue de la sorte un répertoire infini
d’observations, de recherches, d’expériences, de réflexions, de théories, mêlant étroitement l’écriture et le dessin,
souvent errantes et imparfaites, mais dont la somme constitue l’un des plus fascinants chapitres de l’histoire de la
philosophie naturelle.
Si toutes les disciplines sont ainsi convoquées en vue d’une connaissance intégrale de l’univers, c’est que la
considération des apparences ne suffit plus à Léonard et qu’il lui faut, afin de traduire la vérité des apparences,
connaître l’intériorité des phénomènes, les lois qui les gouvernent et dont il affirme, dans le sillage de Pythagore et de
Platon, qu’elles sont de nature fondamentalement mathématique.

 

VIE

L’exigence scientifique de Léonard, dispersée à travers tous les champs de la connaissance, a engendré un labyrinthe
infini, dans les miroitements et les scintillements duquel le peintre semble s’être finalement perdu. Mais cette
disparition n’est qu’apparente, et la science elle-même n’est pas autre chose que la forme, nécessaire, que revêt la
liberté du peintre, maître de l’ombre, de la lumière, de l’espace et du mouvement. Dans la peinture, la sauvagerie du
componimento inculto est devenue le passage des formes l’une dans l’autre, l’extinction de toute limite qu’autorise le
medium révolutionnaire de l’huile – le sfumato. La liberté, ainsi accomplie dans l’élément des sciences de la nature,
élève la peinture à la hauteur d’une science divine, capable de recréer le monde, et dont le couronnement est
l’expression du mouvement, vérité de tous les êtres, chez ceux dont il est la propriété immanente : les vivants.
C’est le temps de la Cène, de la Sainte A nne, du portrait de Lisa del Giocondo, de la Bataille d’Anghiari et du Saint Jean
Baptiste, le moment inaugural de l’art moderne.

La Cène fut commandée à Leonard, pour le réfectoire du couvent des dominicains de Milan, Santa Maria delle
Grazie, par Ludovic le More. Elle était en cours d’exécution en 1497. Les réactions des Douze à la parole divine – En
vérité je vous le dis, l’un de vous s’apprête à me trahir – s’y déploient à la manière d’une onde qui se propage à partir d’un
unique foyer rayonnant. Premier manifeste d’une modernité désormais capable d’imiter le mouvement de la vie,
physiologique et intérieure, la Cène a fondé la renommée universelle de Leonard.
La technique de Léonard, fondée sur la transparence de fins glacis à l’huile, incompatible avec l’humidité des murs,
entraina la ruine immédiate de la Cène.

 

Vinci Léonard de (1452-1519). Paris, musée du Louvre. INV775.

 

Leonardo da Vinci
Date:
Red chalk on pale, brown-toned paper
226×186 mm

LE RETOUR À FLORENCE

Vinci Léonard de (1452-1519). Paris, musée du Louvre. INV776.

Le 2 septembre 1494, Charles VIII de France avait
franchi le Mont Genèvre, inaugurant le temps des
guerres d’Italie. Le 9 novembre, les Médicis, qui
gouvernaient la république florentine depuis 1434,
étaient chassés de la cité. La constitution républicaine
fut alors restaurée dans toute sa plénitude autour
d’un Grand Conseil composé de trois mille membres,
pour lequel on construisit une nouvelle salle à l’est du
palais de la Seigneurie. En 1502, le mandat du
gonfalonier de justice, membre le plus éminent de
l’exécutif, fut décrété à vie. Les Florentins élirent à
ces nouvelles fonctions Piero Soderini. C’est dans ce
contexte politique que Léonard, de retour à Florence
en 1500, conçut la Sainte A nne, le Salvator Mundi et
le Saint Jean Baptiste, figures tutélaires de la liberté
florentine. À l’automne 1503, il avait également
commencé le portrait de Lisa del Giocondo. Piero
Soderini, enfin, commanda à Léonard en 1503, puis à
Michel-Ange en 1504, deux immenses peintures, la
Bataille d’Anghiari et la Bataille de Cascina, destinées à
exalter, sur les parois de la salle du Conseil, deux
célèbres victoires des Florentins sur les Milanais et les
Pisans. Léonard abandonna le travail en cours
d’exécution, laissant sur le mur un prodigieux
fragment qui devait, comme le carton de son rival,
nourrir l’imaginaire artistique avant de disparaître :
la Lutte pour l’étendard.

 

LE DÉPART EN FRANCE

La Rome de Léon X n’avait d’yeux que pour Michel-Ange et Raphaël. À l’automne 1516, Léonard partit pour la
France. Le 10 octobre 1517, Louis, cardinal d’Aragon, petit-fils du roi Ferrante de Naples, de passage à Amboise,
rendit visite à Léonard au château de Cloux, où François Ier logeait le vieux maître. Léonard montra au cardinal et à sa
suite trois tableaux sur lesquels il avait travaillé pendant plus de dix ans et dont le roi de France devait être l’ultime
destinataire : la Sainte A nne, le portrait de Lisa del Giocondo et le Saint Jean Baptiste.
Léonard ne peignit qu’une quinzaine de tableaux, non pas, comme on le dit souvent, parce qu’il ne se serait intéressé
qu’à la conception, ou à l’idée mais, au contraire, parce que l’exécution, prolongée à l’infini, portait chez lui toute la
vérité de la science de la peinture. Si la modernité, dans la conscience de ce temps, commence avec Léonard, c’est qu’il
sut, le premier et le seul, sans doute, donner à la peinture la présence effrayante de la vie. Terrible est l’art capable
d’une telle création. Mais terrible également l’univers du génie de Vinci, livré à l’impermanence, à l’universelle
destruction, à la pluie, au vent, à l’orage, à la nuit.

 

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Voir La lettre des placements – Leonard de Vinci

Par PATRIMOINE & MARCHES

Par Jeanette Zwingenberger
auteur de Léonard de Vinci, L’énigme des images.

96 pages – Editeur: In Fine éditions d’art

Livre: Léonard de Vinci, L’énigme des images.

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